À propos de Masaru Emoto

Je voudrais profiter de cette petite tribune pour dire une bonne fois pour toute ce que j'apprécie et ce qui m'agace dans le travail et la popularité (et donc ses conséquences) de Masaru Emoto, artiste japonais très connu dans le "monde" des gens passionnés par le sujet de l'eau en général, et même du grand public, ce qui est assez rare quand on travaille avec l'eau. 


Masaru Emoto

Tout d'abord, je n'ai rien contre cet homme. Il fait un travail fantastique de prise de conscience vis-à-vis de l'eau afin de nous la faire voir autrement qu'une simple formule qui s'avère être inexacte d'ailleurs ( voir la vidéo de Marc Henry sur ce sujet). Le podcast "EAU: Séance iLive!" est née en 2011 de cette même volonté de transmettre cette information que l'eau est bien plus que ce que l'on croît.  Nous allons donc dans le même sens. Masaru Emoto est incontournable. Il est même une porte d'entrée pour toute personne qui voudrait s'intéresser à l'eau. Comme ce fut le cas pour moi en 2008 avant de réaliser "L'eau, la médiatrice."

Cependant, là où je suis agacé c'est quand il se permet lui et ses "fans"de faire croire que l'eau juge. Là! Non! C'est pas possible de laisser passer cela! Et la conséquence de sa popularité augmente alors la caisse de résonance de ce mensonge qui fait inévitablement du dégât dans la véracité du message de l'eau justement. Il va donc à l'inverse de ce que lui et ses "fans" prétendent aller en voulant relier l'eau aux humains. Pourquoi? Simple! Pour juger, il faut faire une différenciation entre soi et celui ou celle qu'on juge. On sépare au lieu de relier. Par la séparation on compare, laissant place au subjectif. Le jugement crée donc ainsi des "méchants" qui seront toujours méchants (Hitler, Staline) et des "gentils" qui seront toujours des gentils (Mère Teresa). J'appelle ça de l'immaturité! 

Marc Henry, chimiste à l'université de Strasbourg, enfonce le clou en révélant le travail d'un certain Tim Garret : "Dans le magazine New Scientist du 30 Décembre 2013 Helen Pilcher nous explique que Wilson Bentley, le premier homme à avoir photographié des flocons de neige trafiquait ses photos pour mieux révéler la structure hexagonale des cristaux de glace. Les photos de Ken Libbrecht quant à elles ne sont pas trafiquées mais correspondent à des conditions de laboratoire non naturelles. Voici à quoi ressemble en fait de VRAIS flocons de neige photographiés par Tim Garrett (University of Utah) et ses collègues avec une vitesse d'obturation de 1/40,000 de seconde – suffisamment rapide pour capturer les flocons dans l'air. On est loin des photos trafiquées de Bentley ou des délires d'un Emoto qui prétend que l'eau sait faire la différence entre Hitler et Mère Thérésa. La glace est un milieu hostile à la vie et son apparition est généralement synonyme de mort. La plupart des flocons de neige n'ont aucune forme précise et ce n'est que lorsque l'homme intervient par maquillage (Bentley) ou par force (Libbrecht, Emoto) que les cristaux prennent de formes géométriques bien définies. Qu'on se le dise une bonne fois pour toutes..."


Tim Garrett (University of Utah)
À propos de la photo ci-dessus, Marc Henry ajoute : "Nous avons là des photos de flocons de neige tels qu'ils apparaissent dans la nature à l'état brut sans truquage d'image (Bentley) hors laboratoire (Libbrecht) et sans recristallisation en phase vapeur (Emoto). On est loin de l'image d'Épinal du flocon de neige qui est une fiction habilement mise en image par Wilson Bentley et qui est tellement ancrée dans notre imaginaire que certains songent à Gorafi alors qu'il a fallu dépenser plusieurs centaines de milliers de dollars pour arriver à créer cette image. Montrez la réalité telle qu'elle est et ils la nieront. Montrez leur ce qu'ils pensent être la réalité et ils approuveront..."

Il y a quelque chose de bien pratique à entretenir cette vision, c'est sur le plan marketing. Avec cette vision: ON VEND. Et on vend bien. D'où le succès de Masaru Emoto et de ceux qui suivent son exemple. L'eau normalement ne fait pas vendre car elle est "trop" réelle.  Par contre donner à l'eau, un aspect moins réel, plus illusoire. Et vous obtenez l'adhésion de la majorité du public qui achète des photos, des livres pour continuer à rêver. Alors on donne à Monsieur Emoto le titre de docteur, titre qui n'a rien à voir avec la science, mais comme nous sommes dans le rêve et l'argent. On ne va pas pinailler sur ce détail. On applique alors une règle simple pour gagner de l'argent : Donnons au public ce qu'il souhaite, c'est à dire du rêve. Le rêve fait vendre. MAIS le rêve c'est du mensonge.  

J'ai fait le "Seconds of Eternity" N°75 pour tourner cela à la dérision. 



Descriptif de la vidéo sur Youtube:

Dans le N°75, il est question de Masaru Emoto, artiste japonais qui photographie des cristaux d'eau obtenus à partir d'eaux liquides soumises à différentes influences tel qu'un mot, une musique, une phrase et bien d'autres choses encore (http://www.youtube.com/watch?v=1Ra_7L...). Certains cristaux sont magnifiques d'autres sont laids voire à peine visibles. Pourquoi pas! L'eau est l'organe sensible de la Terre (cf T. Schwenk). Il est donc plausible d'obtenir ces résultats aussi extraordinaires soient-ils.

Cependant, l'utilisation abusive de ce travail pour valider les théories les plus fantasmées sur l'eau (mémoire de l'eau, action de la pensée sur l'eau, clusters informés...) a motivé la réalisation de ce N°75, que nous avons résumé en deux points:

- Le premier est que Masaru Emoto n'est pas scientifique (même si lui et ses «fans» aiment son titre de «Docteur»). Marc Henry, professeur et chercheur en chimie à l'université de Strasbourg, nous fait une mise au point: « Les expériences de Mr Masaru Emoto sont souvent citées comme des preuves scientifiques de la possibilité d'agir sur la matière au moyen de la seule pensée, positive ou négative. Pour les chercheurs académiques universitaires ces revendications sont absolument sans valeur en raison du manque de rigueur dans les protocoles expérimentaux et l'exploitation des résultats. Néanmoins, Mr Emoto arrive, avec ses images suggestives de cristaux de glace, à faire parler de l'eau en relation avec les processus vitaux tout en véhiculant un message de paix et d'harmonie entre les êtres humains. Pour cela, il doit évidemment en être remercié, mais il doit rester à sa place, à savoir celle d'un esthète aux idées originales ayant un excellent sens du marketing, ce qui correspond d'ailleurs tout à fait, comme il ne s'en cache pas, à sa formation initiale ayant trait aux sciences humaines plutôt qu'aux sciences naturelles.»


- La deuxième raison est que l'eau ne juge pas. Puisque elle est la vie. Seul le mental humain juge ce qui est bien et ce qui est mal. Et le mental juge car il est limité et a donc une vision étroite de l'existence. Alors que l'existence est infinie. Éternelle. On ne peut dissocier l'être de l'eau. Aucun être n'est condamnable. Seuls ses actes le sont. Ainsi quand Emoto nous donne à voir un cristal moche et sans structures, obtenu à partir d'une eau soumise au mot «Hitler», ce n'est pas l'eau qui s'exprime mais Emoto qui a choisi sur 30 ou 40 échantillons le cristal qui correspondait le mieux à l'idée qu'il se faisait de ce personnage de l'histoire. Ce cristal obtenu nous donne donc le jugement d'Emoto. Et non celui de l'eau. Il en va de même pour la beauté des cristaux avec des personnages comme Mère Teresa. Tout jugement positif ou négatif est la conséquence d'une vision immature - toute vision subjective est immature -. C'est ce qui la différencie avec une vision objective qui est globale. Infinie. Sage. Et donc sans jugement. 

Notons enfin qu'il y a un côté pratique avec l'utilisation abusive du label «Emoto» dans des films «sur l'eau» ou dans des discours de «spécialistes» de l'eau car il nous permet de relever le manque de rigueur du travail d'investigation produit et donc une mise en évidence d'absence totale de lien avec l'eau elle-même. Ces gens ne parlent pas de l'eau mais comme Emoto, ils parlent d'eux.

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Un article supplémentaire a été écrit sur ce sujet: http://eauseanceilive.blogspot.de/2013/04/masaru-emoto-le-paparazzi-de-leau.html

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Marc Henry a donné de nombreuses interviews retrouvez les en cliquant ici: http://www.youtube.com/watch?v=aOBniJ...
dont une où il question d'emoto: http://www.eauseanceilive.blogspot.fr/2011/04/emission-audio-avec-marc-henry-n2.html

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Cet article est écrit dans le cadre du dossier N°10 "L'eau et les fantasmes
qui est l'un des 12 dossiers de l'eBook "L'eau qui nous relie"

eBook disponible à la vente à 10,99€